On raconte que dans les années 60, les américains auraient dépensé 1 milliard de dollars pour développer un stylo pouvant écrire dans l’espace. Les russes auraient juste emporté des crayons. Même si cette histoire n’est pas exacte (et qu’utiliser un crayon dans une navette spatiale est une mauvaise idée), elle illustre bien le paradoxe de la course à la conception et à l’utilisation de technologies de plus en plus complexes et coûteuses. Pour preuve, le nombre d’appareils électriques, et autres robots multifonctions qui encombrent nos cuisines alors que les plats que nous préparons sont sensiblement les mêmes que ceux que préparaient nos grands parents sans utiliser d’électricité.

La conséquence la plus néfaste de cette course à la haute technologie est la surexploitation des ressources naturelles. On utilise de plus en plus de matériaux pour fabriquer des produits qui nécessitent de plus en plus d’énergie pour fonctionner. Ces produits deviennent tellement complexes qu’ils ne peuvent pas être réparés ni recyclés facilement, ils sont jetés fréquemment et les ressources qui les composent sont perdues.

Les métaux notamment sont très utiles pour les hautes technologies. Or en 2021, les réserves connues d’argent seront épuisées, celle d’or en 2025. Quand au cuivre, en prévision des pénuries à venir, la Chine en stocke des quantités record. Au point que son prix s’envole, entraînant avec lui le prix des cartes électroniques.

A l’opposé de cette course vers toujours plus de complexité, d’énergie et de matière dépensée, certaines innovations se démarquent par leur simplicité. Elles répondent à un problème concret en utilisant des ressources ou des savoir-faire disponibles localement. Elles sont facilement compréhensibles et réparables par leur utilisateurs et n’utilisent pas de ressources non renouvelables. On appelle ses inventions low tech, technologies intermédiaires, innovations frugales ou encore jugaad.

Explorons 6 exemples de ces innovations qui ne coûtent rien mais qui changent tout.

 

1 – Comment éclairer les habitants des bidonville sans danger et sans électricité ?

 

 

Dans les bidonvilles indiens ou brésiliens, les habitations privées de fenêtres et non raccordées à l’électricité sont plongées dans le noir même en plein jour. Les habitants ne peuvent pas travailler à l’intérieur et son condamnés à l’obscurité dès qu’il pleut ou que la chaleur est trop étouffante pour sortir. Comment résoudre ce problème ? Un ingénieur brésilien, Alfredo Moser, à trouvé une solution simple et fabricable uniquement avec des matériaux disponibles sur place : une bouteille d’eau vide, de la tôle ondulée et un peu d’eau de javel.

bouteille, lumière, low tech

Cette solution, installable et réparable par les utilisateurs a été adoptée dans de nombreux quartiers. Une version agrémenté d’un petit panneau solaire et d’une LED qui permet d’avoir de la lumière également la nuit est installée par de nombreuses associations.

 

2 – Comment sauver des milliers de bébés chaque année ?

 

 

Plus d’un million de bébés meurent chaque année le jour de leur naissance. Une des principale cause de ces décès est l’hypothermie. Les prématurés sont particulièrement sensibles car ils manquent de graisse pour se protéger. Dans les pays développés la solution est de mettre les bébés en couveuse pendant les premières heures de leur vie.

Le problème est que 98% des bébés naissent dans des pays en développement. Dans ces pays, beaucoup d’hôpitaux n’ont pas les moyens de s’équiper ou d’entretenir des couveuses. De plus leur accès à l’électricité peut être irrégulier.

Un groupe d’étudiant de Stanford à trouvé une solution  adaptée à ce problème. Leur « couveuse » est plutôt un duvet dans lequel on peut emmitoufler le bébé. A l’arrière de celui-ci se trouve une poche dans laquelle se glisse des chaufferettes qui produisent de la chaleur  grâce à un procédé physico-chimique. Cette couveuse maintient les bébés au chaud pendant 6h.

jugaad, embrace warmer, couveuse low tech

L’ONG Embrace, fabrique et distribue ces couveuses. En inde qui est une de leur principale zone d’action, on parle de technologie jugaad qui en hindi signifie « débrouillardise ».

3 – Comment permettre à chacun de disposer d’un ordinateur ?

 

 

Jerry Do it together, est une initiative d’étudiants français. Le concept est de fabriquer une infrastructure informatique (ordinateur ou serveur) en groupe, avec des composants de récupération assemblés dans un bidon. 

Jerry DIT do it together low tech

Inspiré de la mouvance du DIY et de l’open source, plus qu’un produit à part entière, le Jerry DIT représente un échange de savoir-faire et de pratiques qui permettent de répondre localement au besoin d’informatisation. Ces ordinateurs permettent l’accès à l’informatique et à internet avec un coût d’équipement nul et en recyclant du matériel destiné à être jeté.

Autre intérêt, fabriquer un Jerry DIT permets d’expliquer simplement comment fonctionne un ordinateur.

4 – Comment permettre à tous de découvrir l’infiniment petit ?

 

 

Le Foldoscope est un microscope imprimé sur du papier qui coûte moins de 1$ à fabriquer. Il fonctionne sans électricité, grossi 2000 fois et ne nécessite aucun savoir-faire particulier pour être assemblé ou utilisé. Il est particulièrement adapté aux terrains difficiles : Il ne pèse que 8g, on peut marcher dessus ou le faire tomber du troisième étage d’un immeuble et il continuera à marcher.

foldoscope, low tech microscope

Un tel microscope peut être utilisé pour détecter des maladies, telles que le paludisme, dans des échantillons de sang. C’est également un formidable outil pour intéresser des populations à la science. Il peut être utilisé pour regarder directement des échantillons ou pour projeter leur image sur un mur. Le Foldoscope à été conçu en faisant appel à des connaissances poussées en optique, en origami et en fabrication plane. Tout comme la couveuse Embrace, il peut difficilement être fabriqué localement. Néanmoins son faible coût, sa résilience, sa simplicité d’utilisation et son universalité font que l’on peut le considérer comme une low tech au sens large.

Manu Prakash et son équipe, qui sont derrière cette innovation, développent également une centrifugeuse en papier qui permet de quantifier le risque d’anémie.

 

5 – Comment conserver des aliments au frais sans électricité ?

 

 

En 2001, un tremblement de terre détruit l’atelier de poterie de Mansukh Prajapati dans l’Ouest de l’Inde. Il a alors l’idée de remettre au gout du jour une technique traditionnelle de conservation des aliments. Le Mitticool est une sorte de réfrigérateur en terre cuite. Il permet de conserver des aliments à une température 15 à 20 degré inférieure à la température extérieure.

Mitticool, refrgérateur low tech, jugaad

Pour cela, pas besoin d’électricité, il suffit juste de recharger régulièrement en eau. En s’évaporant, celle-ci raffraichi l’enceinte intérieure. En plus de ne nécessiter aucune source d’énergie et d’être fabricable localement, le Mitticool est entièrement recyclable.

 

6 – Comment se rendre à son bureau (et bien plus) ?

 

 

Les low techs ne concerne pas uniquement les pays en voie de développement. Un exemple de low tech que la plupart d’entre nous ont déjà utilisé est le vélo. Durable, simple, ne consommant pas d’énergie, le vélo est le moyen de transport le plus utilisé. On en fabrique dans le monde plus de 4 par secondes. Ils peut être adapté à divers besoins, qu’on les utilise pour se déplacer,  ou transporter des gens ou des objets. Certain sont même adaptés pour transmettre l’énergie humaine afin d’entraîner des machines tournantes ou monter des charges.

vélo triple

Le regain d’intérêt pour le vélo dans les pays développés et l’adoption massive de ce moyen de transport montre bien le potentiel des low techs.

 

Où vont les low techs ?

 

 

Les technologies low tech connaissent un regain d’intérêt. Pour preuve, le nombre d’articles, de sites ou de livres traitant du sujet sortis ces dernières années. Ce mouvement concerne tout le monde, pas seulement les populations des pays en voie de développement.

Pour les citoyens il s’agit de se réapproprier l’innovation et les objets utilisés au quotidien. Le lien est évident avec le mouvement du DIY, des fablabs et hackerspaces et avec les aspirations environnementales, humanistes et écologiques qui saisissent nos sociétés.

Tout l’intérêt d’une innovation low tech est qu’elle peut facilement être copiée, modifiée et réutilisée. Dès lors se pose la question de la rémunération. Quel serait l’intérêt d’une entreprise ou d’un particulier à dépenser du temps et de l’argent à inventer une solution sans espoir de retour sur investissement ?

Sans aucun doute, le fait que des initiatives désintéressées se multiplient, montre que l’intérêt financier n’est pas le seul moteur. Le fait pour un particulier ou une entreprise de résoudre un problème et de partager la solution peut apporter plus que de l’argent. L’échange, l’entraide, la reconnaissance sont des valeurs gratifiantes qui sont des moteurs forts. Et ce même pour une entreprise. Pour mémoire, Volvo a libéré le brevet de la ceinture 3 points pour que les autres constructeurs puissent l’installer dans leur voitures, contribuant à sauver des milliers de vies chaque année.

C’est ce que les bouddhistes appellent de l' »égoïsme intelligent ». Aider les gens avant de penser à soi apporte bien plus sur le long terme qu’un comportement intéressé. Notre bien être et notre estime de soi sont renforcés et cela permet d’enclencher un cercle vertueux qui finira par nous être personnellement profitable, d’une manière ou d’une autre.

Des ressources pour aller plus loin

 

Lowtech Magazine :  (en anglais) Site d’information et d’actualité sur la low tech Cap sur l’innovation : Une série d’émissions sur Arte, un équipage fait le tour du monde en voilier (encore une low tech) pour découvrir des low techs à chaque étape. Le Low Tech Lab : une communauté structurée autour de la low tech qui propose notamment des tutoriels pour réaliser chez soi des éoliennes, fours solaires ou autre monte charge à bicyclette. La chaire Industrielle Ingénierie et Innovation Frugale (I3F) de Télécom Paristech : anime la recherche et créé des évènements autour de l’innovation frugale (hackathon, séminaires, …). Stanford Poverty & Technologie Lab : le laboratoire dédié de l’université de Stanford qui est très actif depuis de nombreuses années dans le domaine. Small is Beautiful: A Study of Economics As If People Mattered, Schumacher, 1973, cet ouvrage promeut le retour à une innovation décentralisée et centrée sur l’humain

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